C'était les derniers instants d'une vie belle à crever. Embouteillage sur autoroute, ça fait ralentir le temps, ça laisse une prolongation à la splendeur. Les nuages sont lourds, cotonneux de souvenirs épuisés. Et puis cette lueur rose magenta s'est envolée, diluée dans cette sorte d'eau pétillante de nouveauté. Rien. Tout. Trop de souvenirs dans ce rose endiablé. Le c½ur qui se resserre, la gorge sèche. Désormais tout sera plus court, tout prendra le temps de l'éphémère. Le minois demeure pale, plus aucune couleur vive. Où est la fièvre de cette si belle vie ? Des sons qui résonnent dans la tête. Des sons, oui mais pas n'importe lesquels : phonèmes et morphèmes dans une valse, échos d'un présent lointain.
C'est un nouveau rythme, nous nous efforçons de bien trouver sur quel temps il faudra s'élancer, et après ce départ plus question de s'arrêter, même à bout de souffle il faudra continuer. S'essouffler, rechampir l'ornement d'une couleur différente. Crier, hurler, pleurer et puis se taire. Drayer les souffrances comme un vulgaire tanneur. Boire un verre de liqueur d'alises parce qu'elles sont astringentes et acidulées. Assumer cette sorte d'atavisme criminel. Se voir jouer le rôle d'un drogman ou peut être celui de la faucheuse. Avoir la prétention d'être le Destin. Tant de pensées qui vont et viennent, qui vous agitent, qui vous invitent et vous tentent au Bien et au Mal. Et puis un beau matin décéder intestat ; mais avant cela avoir profité à plein temps de cette vie. Avoir pris le temps de s'arrêter un instant pour se griller une clope, jouer, prendre là vie comme un jeu. N'avoir jamais cessé de faire monter son adrénaline, et n'avoir jamais cessé de croire en de nouveaux jours.
Faire de l'Enfer le plus beau des paradis. Avoir échappé à l'amertume qui ronge les rêves.
Je ne saurais vous dire si la vie belle à en crever n'était pas revenue un matin au détour d'une passion.
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